Des nonnes possédées par les démons de Loudun

Nonne 1

Le concept de possession démoniaque remonte loin dans l’histoire et est présent dans les cultures du monde entier. Il fut un temps où les gens vivaient dans la peur des démons, alors que c’était une menace très réelle qui traquait les ombres et attendait de bondir sur les imprudents, et de tels cas de possession se sont poursuivis jusque dans les temps modernes et l’âge de la raison.

 

Alors qu’une possession démoniaque est assez effrayante, qu’en est-il quand il y a plusieurs victimes qui ont succombé à ces forces surnaturelles? Tel est le cas de l’un des cas de possession de masse les plus célèbres jamais enregistrés, alors qu’au XVIIe siècle l’obscurité tomba sur un couvent de religieuses tranquilles dans une ville endormie en France, devenant un spectacle de terreur surnaturelle ce jour.

Pour ce conte historique, nous remontons à l’année 1632, dans la ville de Loudun, en France, où se trouvait le modeste couvent des Ursulines, construit à l’origine en 1626. Le couvent était plutôt nouveau à l’époque, et était dirigé par l’excentrique , la prieure Jeanne des Anges, puissante et bien connectée, qui a gardé son mode de vie humble et silencieux, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’elle et certaines autres religieuses commencent à recevoir des visites nocturnes effrayantes par l’apparition vivante d’un homme de la toile. Au cours de ces visions, l’homme aurait apparemment semblé presque angélique, mais aurait craché de la saleté et des grossièretés, ordonnant aux religieuses de faire les actes sexuels obscènes les plus impensables. C’était déjà assez effrayant pour les religieuses, mais les choses ont dégénéré lorsqu’elles ont commencé à montrer des symptômes de possession démoniaque, tels que des convulsions, des contorsions, des explosions verbales et une sexualité ouverte.

 

Le coupable, selon Anges, était un prêtre local du nom du père Urbain Grandier, qui avait été nommé curé de St-Pierre-du-Marché à Loudun en 1617, et qui était également assez connu pour son caractère décidément anti-prêtre. comportement. Le riche et beau Grandier avait la réputation d’être un homme incorrigible et avait déjà été accusé d’avoir engendré un enfant avec Philippa Trincant, la fille de l’avocat du roi à Loudun. Il avait également été reconnu coupable d’immoralité en 1530, seules ses relations politiques de haut niveau l’empêchant d’être enfermé en prison et lui permettant de maintenir son poste. Il y avait aussi des rumeurs selon lesquelles il aurait essayé la magie noire et l’adoration des démons, et Anges l’accusait d’avoir conclu un pacte avec le diable.

Entre-temps, la possession au couvent s’est intensifiée, les religieuses parlant prétendument dans des langues qu’elles ne connaissaient pas, possédant des connaissances arcaniques, lévitant, déplaçant des objets avec leur esprit, affichant une force surhumaine et connaissant les secrets les plus sombres les plus profonds des gens, au point qu’une procession de prêtres a été amenée pour enquêter. Au total, 27 religieuses du couvent ont montré ces symptômes de possession démoniaque, et il ne leur a pas fallu longtemps pour se convaincre qu’elles avaient un problème sur les mains. Une chronique de l’affaire, Les Diables de Loudun de Des Niau  dirait de ces épisodes démoniaques et des exorcismes ultérieurs:

Ils sont passés d’un état de calme aux convulsions les plus terribles, et sans la moindre augmentation des pulsations. Ils se frappaient la poitrine et le dos de la tête, comme s’ils avaient eu le cou cassé et avec une rapidité inconcevable; ils se tordaient les bras aux articulations de l’épaule, du coude et du poignet deux ou trois fois de suite; couchés sur le ventre, ils joignaient la paume de leurs mains à la plante des pieds; leurs visages devinrent tels que les commissaires devaient s’incliner. Il était encore plus effrayant de ne pas pouvoir les regarder; leurs yeux restèrent ouverts sans cligner de l’œil; leurs langues sortaient soudainement de leurs bouches, horriblement gonflées, noires, dures et couvertes de boutons, et pourtant, dans cet état, elles parlaient distinctement; ils se sont rejetés en arrière jusqu’à ce que leurs têtes touchent leurs pieds,  

 

Ils ont poussé: des cris si horribles et si forts que rien de tel n’a jamais été entendu auparavant; ils se sont servis d’expressions si indécentes qu’elles ont fait honte aux hommes les plus débauchés, tandis que leurs actes, à la fois en s’exposant et en invitant les personnes obscènes à avoir agi, auraient étonné les détenus du bordel le plus bas du pays; ils ont proféré des malédictions contre les trois personnes divines de la Trinité, des serments et des expressions blasphématoires si exécrables, si inouïs, qu’ils n’auraient pas pu se suggérer à l’esprit humain.  

Le diable les faisait parfois s’endormir subitement: ils tombaient au sol et devenaient si lourds, que l’homme le plus fort avait du mal à bouger même la tête. Françoise Filestreau ayant la bouche fermée, on pouvait entendre dans son corps différentes voix parler en même temps, se quereller et discuter de qui devait la faire parler.  

L’une, la Mère Supérieure, a étiré ses jambes à un degré si extraordinaire que, d’un pied à l’autre, la distance était de 7 pieds, bien qu’elle fût elle-même mais de 4 pieds de haut. Dans un autre exorcisme, la Mère Supérieure était suspendue en l’air, ne touchant que le sol avec son coude. La Mère Supérieure depuis le début a été enlevée de ses pieds et est restée suspendue dans les airs à une hauteur de 24 pouces. Un procès-verbal en a été dressé et envoyé à la Sorbonne, signé par un grand nombre de témoins, ecclésiastiques et médecins, et le jugement y relatif de l’évêque de Poitiers qui était également témoin. Les médecins de la Sorbonne étaient du même avis que l’évêque et déclaraient que la possession infernale était prouvée.

C’est quelque chose d’assez intense et on a prétendu que ces religieuses possédées agressaient et proposaient sans relâche sexuellement les prêtres de la manière la plus obscène. Selon la Mère Supérieure, les deux principaux coupables étaient les démons Asmodée et Zabulon, ainsi qu’Isacarron, le diable de la débauche, bien qu’il y ait eu une horde entière d’autres démons qui les aidaient. Les exorcismes sont devenus de plus en plus publics au fur et à mesure que les phénomènes avançaient, avec les exorcistes capucins père Tranquille, franciscain Père Lactance et père jésuite Jean-Joseph Surin exécutant des exorcismes avec jusqu’à 7 000 spectateurs stupéfaits. Tout cela semblait n’avoir que peu d’effet, ce qui faisait de plus en plus de reproches au père Grandier. Cela a conduit à son arrestation et à la torture qui a suivi pour tenter de lui faire avouer.

Mon Seigneur et Maître, Lucifer, je te reconnais comme mon Dieu et promets de te servir toute ma vie. Je renonce à tout autre Dieu, à Jésus-Christ et à tous les autres saints; l’Église catholique, apostolique et romaine, ses sacrements, avec toutes les prières qui peuvent être dites pour moi; et je promets de faire tout le mal que je peux. Je renonce à l’huile sainte et à l’eau du baptême, ainsi qu’à tous les mérites de Jésus-Christ et de ses saints; et si je n’arrive pas à vous servir et à vous adorer, et à vous rendre hommage trois fois par jour, je vous abandonne ma vie comme votre dû.

Grandier a été soumis aux méthodes de torture les plus horribles de l’époque, avec ses deux jambes douloureusement cassées au cours du processus, mais il a défié tous les efforts et n’a pas avoué. Au procès de Grandier, les choses deviendraient encore plus bizarres, lorsque certaines des nonnes présumées possédées parlaient pour la défense du père, et Anges elle-même prétendrait qu’elle avait été soumise à tout cela par les ennemis de Grandier. Elle est allée jusqu’à faire une fusion publique, se fouettant, mettant un nœud coulant autour du cou et menaçant de se pendre si Grandier n’était pas dégagé de ses charges. Les médecins qui avaient examiné Grandier avant sa torture ont également affirmé qu’ils n’avaient eux-mêmes vu aucune marque du diable, et on soupçonnait que le «pacte avec le diable» était en fait de l’écriture d’Anges, un complot pour l’encadrer. Aditionellement, il y avait des preuves en faveur de Grandier en ce que certains prêtres avaient découvert que les religieuses avaient échoué aux tests pour voir si elles pouvaient vraiment parler des langues étrangères ou présenter une force surhumaine ou d’autres pouvoirs surnaturels, et qu’un examen physique d’entre eux n’avaient montré aucun signe de possession. Il y avait même des religieuses qui auraient éclaté en pleurs pendant les exorcismes et en admettant qu’elles avaient été entraînées sur ce qu’il fallait faire.

 

Tout cela a eu peu d’effet, car la cour ne l’a vu que comme une preuve que le diable les manipulait pour se sauver, et en effet, il a finalement été ordonné que toute personne qui parlait pour la défense de Grandier soit arrêtée comme traîtres. Seuls les témoins contre Grandier ont été autorisés à prendre la parole, et beaucoup de ceux qui l’auraient défendu ont craint pour leur vie et ont fui la France. Même le refus de Grandier de ne pas avouer sous une torture sérieuse qui aurait brisé quelqu’un d’autre n’était pas considéré comme une preuve de son innocence, et une attitude typique envers ce défi a été donnée par un témoin qui a déclaré:

Je ne suis pas étonné de son impénitence, ni de son refus de se reconnaître coupable de magie, tant sous la torture que lors de son exécution, car on sait que les magiciens promettent au diable de ne jamais avouer ce crime, et lui en retour endurcit le cœur, de sorte qu’ils vont à leur mort stupides et tout à fait insensibles à leurs malheurs.

En d’autres termes, ce n’était pas exactement un procès équitable, et il n’est peut-être pas surprenant que Grandier ait été reconnu coupable de «magie, maléfice et d’avoir causé la possession démoniaque» le 18 août 1634, et condamné à être brûlé sur le bûcher. , malgré son insistance pour le dernier qu’il était innocent. Il n’a apparemment même pas été autorisé à avoir un dernier mot avant son exécution comme promis, bâillonné et n’a pas eu la possibilité de parler avant que les flammes ne le consument. Cette exécution serait elle-même un spectacle assez étrange, comme le décrit un témoin:

Le bourreau s’avança alors, comme toujours, pour l’étrangler; mais les flammes ont soudainement éclaté avec une telle violence que la corde a pris feu, et il est tombé vivant parmi les fagots brûlants. Juste avant cela, un événement étrange s’est produit. Au milieu de cette masse de gens, malgré le bruit de tant de voix et les efforts des archers qui secouaient leurs hallebardes en l’air pour les effrayer, un vol de pigeons [note: une espèce de colombe] a volé tout autour du pieu. Les partisans de Grandier [les Huguenauts et les Réformateurs], impudents jusqu’au bout, ont déclaré que ces oiseaux innocents sont venus, à défaut d’hommes, comme témoins de son innocence; d’autres pensaient très différemment, et disaient que c’était une troupe de démons qui venait, comme cela arrive parfois à la mort de grands magiciens, assister à celle de Grandier, dont l’impénitence scandaleuse méritait certainement d’être honorée de cette manière. Ses amis, cependant, ont appelé cette dureté de la constance cardiaque, et ont fait ramasser ses cendres comme si elles étaient des reliques.

Étonnamment, ce ne serait même pas la fin de tout cela. Les exorcismes ont continué, toujours les mêmes spectacles publics que jamais, avec de nombreuses religieuses affichant toujours un comportement possédé, au grand plaisir des foules, et cela a été principalement considéré comme un grand spectacle frauduleux. Cependant, un prêtre du nom de Père Jean-Joseph Surin a affirmé que les vrais démons avaient sauté dans son corps. Il était tellement convaincu qu’il était maintenant l’hôte de ces démons que sa santé mentale et physique se détériorait rapidement, au point qu’il pouvait à peine faire les choses les plus élémentaires par lui-même, comme manger, s’habiller ou même lire ou écrire . À travers tout cela, il a affirmé qu’il était constamment en proie à des cauchemars au cours desquels les démons le raillaient et le terrorisaient, ne trouvant la paix que dans ses dernières années avant sa mort en 1665.

D’autres personnes qui avaient été impliquées dans les exorcismes auraient également été traquées et attaquées par les démons dans les années qui ont suivi la mort de Grandier. La manière dont ce tourment leur est venu inclut la folie, la maladie et la mort, ainsi que des visions de l’esprit de Grandier les narguant d’au-delà de la tombe. Dans le récit de Des Niau, il est longuement écrit sur ces incidents:

Le père Lactance, le digne moine qui avait aidé les possédés dans leurs souffrances, a lui-même été attaqué… Tout à coup, en roulant sur une route parfaitement plane, la voiture s’est retournée avec les roues en l’air sans que personne ne soit blessé. . Le lendemain… la voiture retourna à nouveau de la même manière au milieu de la rue du Faubourg de Fenet, qui est parfaitement lisse… Ce saint moine connut ensuite les plus vexations de la part des démons, qui parfois le privaient de vue, et à des moments de mémoire; ils provoquaient en lui de violents accès de nausée, ternissaient son intelligence et l’inquiétaient de nombreuses manières. Enfin, après avoir été éprouvé par tant de maux, Dieu l’a appelé à Lui.  

Cinq ans plus tard, est mort de la même maladie Père Tranquille… Ils l’ont jeté à terre, ils ont maudit et juré de sa bouche, ils l’ont poussé à sortir sa langue et à siffler comme un serpent, ils ont rempli son esprit de ténèbres, semblaient pour écraser son cœur, et le submergea de mille autres tourments.  

Le lieutenant civil, Louis Chauvet, a été saisi d’une telle peur que son esprit a cédé et il ne s’est jamais remis. Le sieur Mannouri, le chirurgien qui avait sonné les marques que le diable avait imprimées sur le prêtre magicien, souffrant de troubles extraordinaires, était bien entendu, selon les amis de Grandier, victime de remords. Voici les détails de la mort de ce chirurgien …  

Une nuit, alors qu’il revenait vers dix heures après avoir rendu visite à un malade, marcher avec un ami et accompagné d’un homme portant une lanterne, il cria tout d’un coup, comme un homme qui se réveille d’un rêve: «Ah! il y a Grandier! Qu’est-ce que vous voulez?’ En même temps, il était saisi de tremblements. Les deux hommes l’ont ramené chez lui, tandis qu’il continuait de parler à Grandier qu’il pensait avoir sous les yeux. Il a été mis au lit rempli de la même illusion et tremblant dans tous les membres. Il n’a vécu que quelques jours, durant lesquels son état n’a jamais changé. Il est mort en croyant que le magicien était toujours devant lui et en faisant des efforts pour le tenir à distance

Que devons-nous faire de tout cela? Les possessions de Loudun sont devenues une bizarrerie historique souvent discutée, avec plusieurs réponses possibles. Bien sûr, il y a l’idée qu’il s’agit d’un cas authentique de possession, avec les phénomènes paranormaux entourant les religieuses témoins de nombreux prêtres et autres témoins, ainsi que la malédiction et l’activité démoniaque qui semblaient persister même après la mort de Grandier. Une autre idée est que ce n’était qu’un cas d’hystérie de masse, et que Grandier n’était que le gars malchanceux qui s’est fait prendre au milieu de tout cela, sa réputation plutôt notoire n’y aidant pas du tout. La notion la plus populaire, cependant, est que tout cela était une mise en place et que Grandier était encadré par ses ennemis, dont il avait beaucoup, à juger pour sorcellerie et à retirer de l’image, le tout orchestré par derrière les scènes.

Jean Grandier

Bien que Grandier ait eu plus que quelques ennemis et opposants, le principal coupable est généralement considéré comme un cardinal Richelieu, qui détestait absolument Grandier et voulait qu’il soit démis de ses fonctions, mais cela aurait pu être n’importe qui parmi les personnes en position de pouvoir qui voulait lui disparu. La théorie est que cela s’est déroulé comme l’avait dit la Mère Supérieure, et qu’ils ont été approchés pour falsifier des biens et pointer du doigt Grandier, après quoi Mignot a été envoyé par ces forces conspiratrices pour cimenter davantage l’illusion que quelque chose de paranormal était passe. En effet, la plupart des récits d’activité surnaturelle ont été relayés par Mignot, de nombreux autres prêtres témoignant que les arguments en faveur de la possession démoniaque étaient loin d’être convaincants. Ensuite, il y avait les récits contradictoires des «marques du diable» et le fait que le «pacte du diable» avait été écrit par Anges, ainsi que le fait que le témoignage des témoins à décharge de Grandier avait été fermé. Cela pue une organisation, et il semble qu’il y ait une possibilité distincte que les possessions de Loudun aient été orchestrées par des partis néfastes.

Que s’est-il donc passé toutes ces années à Loudun? Qu’est-ce qui traquait ce couvent de religieuses? S’agit-il de forces démoniaques venues d’au-delà ou simplement des machinations politiques et religieuses d’hommes se poignardant dans le dos? Y a-t-il quelque chose de surnaturel à voir ici ou est-ce tout un cadrage complexe d’un homme innocent utilisant la peur de la sorcellerie et de Satan de l’époque contre lui? Quel que soit le cas, le cas des religieuses de Loudun est un regard curieux sur un autre âge, un conte de sorcellerie, de démons, de magie et d’intrigue, et c’est une bizarrerie historique qui est à peu près aussi étrange que possible.

source : https://www.preuvesduparanormal.fr/

Source et crédits : MYSTERIOUSUNIVERSE