Mort : comment la définir ? L'éternel défi des scientifiques !

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Source : https://www.maxisciences.com

 

Bien que la Mort nous semble un concept évident en soi, sa définition médicale est encore la source de nombreuses controverses et d'incertitudes. Quels critères permettent de définir qu'un individu est décédé et quelles sont les limites de ses critères.

 

En l'absence d'une définition claire de ce qui constitue la vie, il est difficile de mettre des mots sur ce qui caractérise la mort. Au fil de l'Histoire, bien des cas ont mis au défi les certitudes des médecins et des chercheurs, et aujourd'hui encore, les critères permettant de qualifier cette frontière ne font pas l'unanimité parmi les experts.

Des signes nombreux mais peu fiables 

De nombreux signes permettent de supposer qu'un animal à sang chaud a cessé de vivre : arrêt respiratoire ou cardiaque, absence d'activité neuronale (mort cérébrale), pâleur caractéristique (pallor mortis), concentration du sang dans les parties basses du corps (livor mortis), chute de température corporelle (algor mortis), rigidité cadavérique (rigor mortis) ou encore décomposition. Toutefois, nombre de ces signes possèdent leurs limitations, posant un défi aussi bien moral que médical ou légal aux spécialistes.

Outre le cas célèbre d'Anne Greene, pendue puis "ressuscitée" le jour suivant au 17ème siècle, nombreux sont les récits de personnes décédées revenues à la vie au moment où le légiste s'apprêtait à procéder à leur dissection. En 1896, T. M. Montgomery, superviseur du cimetière du fort Randall dans le Dakota, estime à pas moins de 2% le nombre d'enterrements prématurés. 

Pas plus tard qu'en janvier dernier, un prisonnier déclaré mort par trois médecins les a surpris quelques heures avant son autopsie lorsque ceux-ci ont entendu des ronflements provenant du sac contenant sa dépouille. Quant à la taphophobie, la peur d'être enterré vivant, celle-ci toucherait encore de nombreuses personnes (en particulier en soins palliatifs), bien qu'elle soit moins justifiée de nos jours.

De la conscience et de ses implications 

De nos jours, la mort cérébralesert de repère aux médecins pour déterminer la cessation de vie d'un individu. Elle se définit comme une suspension de la conscience, caractérisée par l'absence totale d'activité cérébrale, y compris involontaire. Celle-ci doit être définitive – et non transitoire comme cela peut être le cas lors du sommeil ou d'un coma – et diffère d'un syndrome d'éveil non-répondant (état végétatif persistant). Un nouveau rapport, paru dans la revue Hastings Center Report, propose un état des lieux des débats que cette méthodologie soulève.

Bien que la notion de conscience demeure encore floue aujourd'hui, celle-ci joue un rôle essentiel dans la définition de la vie et de la mort. Le corps en soi est une machine dont les fonctions vitales peuvent être maintenues à l'aide de technologies médicales toujours plus performantes (respirateur, défibrillateur, etc.) ; c'est donc à la conscience de séparer l'être vivant de la simple machine, et de définir la vie par extension.

Ce choix est à la source de nouveaux débats éthiques, liés à l'évolution des intelligences artificielles. Il pose également la question de ce qui définit la vie pour des organismes chez  lesquels la conscience est présumée absente, notamment dans le cas de créatures unicellulaires (bactéries et autres). À mesure que la science progresse, il semblerait que le cadre dans lequel s'inscrivait la notion de conscience s'étiole. Les chercheurs espèrent toutefois parvenir à une nouvelle définition physiologique, à l'aide des derniers développements de la connectomique.

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Le débat reste ouvert 

Aujourd'hui, bien que la notion de mort cérébrale soit adoptée en majorité par le corps médical, elle ne constitue toujours pas une panacée pour définir la mort, surtout à mesure que les cas de "résurrections miraculeuses" se multiplient. La mort est une bête d'autant plus étrange qu'elle est une condition nécessaire à la vie : sans la mort programmée des cellules (apoptose), notre corps se transformerait rapidement en une gigantesque tumeur à mesure que de nouvelles cellules apparaissent.

Comment alors définir la mort pour de bon ? La question reste ouverte, et les défis qu'elle pose demeurent multiples et nombreux. Le développement d'intelligences artificielles toujours plus complexes, et d'un connectome (plan des connexions neuronales dans le cerveau) toujours plus complet apporteront probablement de nouveaux éléments de réponses, mais amèneront également de nouvelles questions.

Si la conscience peut être reproduite informatiquement, doit-elle être considérée comme spécifique à la vie ou comme une fonction mécanique assimilable à la respiration ou à la circulation sanguine ? Une intelligence artificielle dotée d'une conscience suffisamment développée est-elle "vivante" ? Quid alors de ses droits et de ses responsabilités ? L'avenir nous réserve encore bien des défis et la vie continuera possiblement pendant longtemps encore de figurer parmi les grands mystères de l'Univers.