La maladie du cerf zombie transmissible à l’homme ?

Mettent garde contre propagation virus zombie chez cerfs craignent contagieux humains 1020x534

Source : https://www.ouest-france.fr

 

Elle décime les troupeaux de chevreuils et de cerfs au Canada et aux États-Unis. La maladie débilitante chronique (MDC) des cervidés est connue depuis les années 1960, mais est toujours incurable. Des chercheurs canadiens craignent la transmission à l’homme.

La maladie débilitante chronique, qu’est-ce que c’est ?

Outre-Atlantique, on parle de « zombie deer disease » (maladie du cerf zombie). La maladie débilitante chronique (MDC) des cervidés touche principalement les cervidés d’Amérique du Nord, les cerfs de Virginie, les cerfs mulets (ou hémione), les élans et les rennes.

Elle a été observée pour la première fois aux États-Unis, en 1967, dans le Colorado. Puis elle s’est propagée dans 23 autres États américains et dans deux provinces canadiennes, l’Alberta et la Saskatchewan. En 2016, elle a été détectée en Europe pour la première fois chez des rennes et des élans, en Norvège.

En Europe, la maladie débilitante chronique a été détectée pour la première fois en 2016, en Norvège. Le gouvernement a décidé d’abattre une harde de 2 000 bêtes sauvages pour éradiquer l’épidémie. (Photo : Pixabay)

Il s’agit d’une maladie dégénérative mortelle du système nerveux central des cervidés, de la même famille (encéphalopathie spongiforme transmissible), que la maladie dite de la vache folle, la tremblante du mouton et la maladie de Creutzfeldt-Jakob. La MDC est causée par un prion qui dérive d’une protéine naturellement présente dans l’organisme des mammifères, qui peut se replier et changer de forme devenant ainsi nocive. Les prions sains sont contaminés et leur « accumulation provoque l’éclatement des cellules nerveuses », explique le gouvernement du Québec, sur son site dédié aux forêts, à la faune et aux parcs.

Comment se transmet-elle ?

Le procédé de transmission de la MDC n’est pas certain. « Les contacts entre animaux malades et sains sont probablement contagieux mais la voie réelle n’est pas connue. La salive comme les fèces doivent jouer un rôle et donc la voie orale doit représenter la voie de contamination la plus habituelle », écrit François Moutou de l’Unité d’Épidémiologie, Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa Lerpaz), dans un article sur la maladie dans la revue scientifique Virologie, en 2005.

D’autant plus que le prion est présent dans les selles, l’urine, la salive et le sang des animaux atteints. Très résistant, le prion contagieux et peut rester actif plusieurs années dans l’environnement.

Quand la maladie touche des troupeaux et non plus des animaux sauvages, l’éleveur doit abattre la totalité de ses bêtes.

Comment se manifeste-t-elle ?

Les animaux infectés ne présentent pas immédiatement de signes visibles de la maladie. Ils surviennent entre 18 et 48 mois après l’infection. Les animaux perdent du poids et leur comportement change.

« On note une baisse de la vigilance, moins d’interactions sociales de la part des animaux malades, des phases d’hyperexcitabilité, des comportements stéréotypés, une hyperesthésie et une baisse de la vue », signale François Moutou. Les animaux tremblent, bavent, mangent tout le temps mais perdent du poids. D’où le surnom de cerf zombie. La maladie est incurable et aucun vaccin n’existe pour la prévenir.

 

Les animaux infectés bavent, tremblent sur leurs pattes, baissent leur vigilance. (Photo : Pixabay)

Y’a-t-il un risque pour les humains ?

Jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu de cas d’êtres humains touchés par cette maladie. Mais une équipe de chercheurs de l’université de Calgary (Canada), avec des scientifiques de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (Acia), a peut-être découvert une mauvaise nouvelle. Ils ont présenté les résultats préliminaires de leur étude commencée en 2009 et selon eux, la MDC peut infecter les personnes qui mangent des cervidés porteurs de ce prion.

Ces scientifiques ont mené des tests sur des macaques (les singes qui présentent le plus de similitudes avec les êtres humains) et ont constaté que les primates contractaient la maladie après avoir mangé régulièrement de la viande infectée. Pas tous, 5 des 18 animaux exposés à la maladie ont révélé des signes de transmission. « L’approche la plus prudente est de considérer que la MDC a le potentiel pour infecter les hommes », note l’Agence dans un communiqué de presse.

Des chercheurs de l’université de Calgary travaillent depuis 2009 sur la question de la transmission de cette maladie à l’homme. (Photo : Pixnio)

D’après les estimations de l’Alliance for Public Wildlife, un organisme canadien qui défend la conservation de la faune nord-américaine, entre 7 000 et 15 000 animaux infectés seraient consommés chaque année par des familles de chasseurs au Canada. Et les quantités augmentent de 20 % chaque année.

Les experts conseillent aux chasseurs qui capturent des cervidés dans les zones où la maladie est présente, de faire tester la viande avant de la consommer (une politique déjà existante dans les deux provinces canadiennes touchées), et d’étendre les tests aux élevages. L’étude de l’Acia doit se poursuivre au moins jusqu’en 2019.