Meurtre sanglant et manoir hanté ! ( Los Angeles )

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Lecture du soir

 

C’était encore plus effrayant qu’elle ne l’avait espéré. Jennifer Clay leva les yeux vers la demeure de style espagnol depuis le bas d’une volée de marches de béton tombant en ruines. Au milieu de ce quartier résidentiel plein de maisons raffinées, niché à flanc de collines, la demeure à la peinture blanche écaillée jurait.

 

La mère de Jennifer et son cousin avaient accepté de se joindre à elle pour monter jusqu’à la vieille bâtisse, mais ils changèrent d’avis à la minute où ils l’aperçurent. Les deux fenêtres en arc de cercle de la façade étaient comme deux grands yeux vides fixés sur la communauté bourgeoise de Los Feliz. Le judas de la porte en bois fatiguée était barricadé de planches et un panneau « Interdiction d’entrer » était planté dans le jardin. Jennifer entama l’ascension toute seule.

 
Le 2475 Glendower Place

La blogueuse de 31 ans était devenue accro aux rumeurs circulant sur Internet à propos de la maison. Elle avait lu le récit détaillant comment le Dr Harold Perelson avait attaqué sa femme alors que leurs trois enfants dormaient à quelques pas de là.

 

Elle s’était repue de dizaines de récits qui disaient que la demeure à un million de dollars était restée vide depuis lors, devenant peu à peu une capsule témoin glauque de 1959. Quand les voisins commencèrent à témoigner d’activités paranormales, la maison devint une macabre attraction pour touristes.

 

Jennifer ne parvenait pas à se sortir ces rumeurs de la tête. Les cadeaux de Noël du médecin démoniaque étaient-ils vraiment emballés et disposés sous le sapin ? La maison recelait-elle des indices permettant de comprendre ce qui avait pu s’emparer de lui pour détruire ainsi tout ce qu’il aimait ?

 

Pendant cet été 2012, Jennifer partagea son aventure sur son blog, My LA Bucket List. Elle se souvient de sa mère et de sa cousine « tremblant de peur » mais acceptant tout de même de prendre une photo d’elle posant sur les marches (un commentateur masculin ferait plus tard un compliment sur ses jambes).

 

Jennifer était tout à fait le genre de fille à pousser la planche cassée d’une clôture et à se glisser avec aisance dans une propriété considérée parmi les plus effrayantes de Californie, avec les sites des meurtres de la famille Manson.

 

Jennifer écrivit que « la maison était un véritable festival du paranormal », et qu’elle avait remarqué à travers une fenêtre « deux horribles chaises couleur moutarde qui (lui) glacèrent le sang ». Mais rien n’était plus sinistre que la gargouille de la demeure, une statue brisée au milieu d’une fontaine asséchée. Jennifer se souvient : « Elle souriait. »

 

Jennifer fit courageusement le tour de la propriété, retira les protections sur les fenêtres et prit des photos à travers les vitres crasseuses. Des particules de poussière dansaient dans les rayons de soleil fragmentés qui illuminaient une riche cage d’escalier en spirale. Dans la cuisine, elle aperçut d’antiques paquets de spaghettis, de vieilles boîtes de détachant Vanish et d’anciens numéros de Life.

 

Jennifer avait le souffle coupé par cette vie de famille éphémère, interrompue un soir sous la présidence d’Eisenhower. « Cela ressemble au sentiment qu’on éprouve en pénétrant dans une maison hantée, sauf que celle-ci l’est vraiment », explique Jennifer.

 

Dans son exploration des années 1950, elle vit des vêtements mis à sécher, des courriers personnels, des livres. Et là, dans le salon, elle aperçut les fameux cadeaux de Noël. Comme promis par les visiteurs précédents, les rubans n’étaient pas défaits. À ce moment précis, Jennifer eut « un mauvais pressentiment ».

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La fontaine asséchée

C’était peut-être le même sentiment qui avait découragé les sans-abris qui avaient tenté de trouver refuge ici il y a de nombreuses années, avant de s’enfuir en évoquant des courants d’air froid, des bruits de pas inexpliqués et des sons démoniaques pendant la nuit. Peut-être que c’était le même sentiment décrit par des voisins au journal local, qui se sentaient « suivis ». L’adrénaline fusa dans ses veines.

 

Elle retourna vers les marches de béton. Ses pas suivaient le chemin emprunté par une des filles du docteur lorsqu’elle s’enfuit de la maison recouverte de sang.

« Je l’ai imaginée fuyant son père devenu fou », dit Jennifer, « combien cela a dû être atroce… j’ai presque ressenti la même chose. » Elle se mit à courir, les mains noircies de poussière. Elle se fichait des réponses à présent, de l’aventure, de sa liste de choses à accomplir avant de mourir. « Oh mon dieu », pensa-t-elle, « je ne vais pas réussir à m’enfuir assez vite. »

 

L’Amérique a toujours été fascinée par les maisons hantées. La plus tristement célèbre est une bâtisse coloniale de trois étages située à Amityville, à Long Island dans l’État de New York. Là, en 1974, Ronald DeFeo Jr, alors âgé de 23 ans et supposément possédé par l’esprit d’un chef indien mort, tira méthodiquement sur ses parents, puis ses quatre frères et sœurs étendus dans leurs lits.

 

Quand George et Kathy Lutz emménagèrent dans la maison un an plus tard, en décembre 1975, ils décrivirent d’étranges phénomènes, des courants d’air froid, des mauvaises odeurs, et ils se plaignirent des lits de leurs enfants, qui « frappaient le sol ».

 

Un prêtre appelé pour bénir la demeure affirma être reparti avec les mains en sang et un avertissement du monde des esprits. Un livre et un film suivirent, et la maison d’Amityville devint partie intégrante des histoires d’horreur américaines, même si elle est depuis longtemps suspectée d’être un canular. Aujourd’hui, Glendover Place fait office d’Amityville pour la génération Facebook.

 

En 2013, des bloggeurs du site Cracked s’y rendirent et la déclarèrent « maison hantée la plus glauque du monde ». Forbes lui attribua une place sur sa liste des « maisons célèbres », aux côtés de celle de l’Ohio dans laquelle le tueur en série Jeffrey Dahmer dit avoir commis son premier crime.

 

Avant l’avènement d’Internet, le 2475 Glendover Place était inconnu du reste du monde, dissimulé aux pieds du parc Griffith, à l’extrémité est des montagnes de Santa Monica. Là, des randonneurs choqués trouvaient parfois les restes déchirés de victimes de meurtres dans les broussailles.

 

Les proies des pumas. Et pendant de nombreuses années, une autre maison du quartier demeura célèbre et effrayante. Conçue par Frank Lloyd Wright, « la Maison Ennis », située au 2607 Glendover Avenue, accueillit le tournage de House on the Haunted Hill, un film de série B datant de 1959 dans lequel un sinistre médecin plongeait un corps dans un bain d’acide.

 

Mais aujourd’hui, la sérénité de cette colline n’est brisée que par le ronronnement occasionnel d’un moteur diesel. Un autocar blanc fait son tour dans les collines, se dirigeant vers cette maison de Los Feliz qui fut un temps la propriété de George Hill Hodel, considéré par certains théoriciens du complot comme suspect dans l’affaire du démembrement d’une femme de L.A. connu sous le nom du « Dahlia Noir ». Sur le flanc du véhicule, on peut lire : « Tour de nos chers défunts. Visite de l’histoire tragique de L.A. » Le prochain arrêt est « La Maison du Meurtre ».

 

Au volant, le guide touristique Scott Michaels porte un t-shirt sur lequel est écrit « futur cadavre ». Il se révèle être un véritable showman lorsqu’il entame le récit du « Mystère de Noël » de Glendover Place, et celui de « la fille hurlant avec un trou dans le crâne ».

 

« Tout le monde adore les histoires de mystères de maisons hantées », me dit Michael. « L’ironie d’une fête comme Noël qui tourne au tragique est quelque chose qui plaît, de la même façon que les gens aiment les accident de montagnes russes, ça fait appel aux mêmes choses. C’est une maison sur une colline et ça fait peur de la regarder depuis le bas de la route. » Produit dérivé de la visite, Michael anime le célèbre site web Find a Murder. Les participants au forum sont absolument obsédés par la Maison du Meurtre.

 

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L’article de journal de l’époque

« Tous mes amis pensent que je suis fou de m’intéresser à ça, c’est tellement sympa de lire qu’il n’y a pas que moi ! » écrit sur le site un enthousiaste de l’homicide. Ils se font appeler « les vieilles peaux de la mort » et se consacrent à retrouver les enfants survivants de Perelson : « Les trois enfants sont encore en vie », lit-on dans l’un des commentaires.

 

« Je pense qu’ils ont été recueillis par la sœur de leur père, Esther Perelson Kramer, qui vivait à New York. » Ces détectives du clavier, le genre de ceux qui ont mal identifié le terroriste de Boston en ligne, aiment combler les blancs entre les faits et parvenir à de dangereuses conclusions.

Je devais découvrir la vérité.

 

Qu’est-ce qui pousse réellement un médecin à attaquer sa famille et à se suicider ? Pourquoi la maison est-elle demeurée vide en plein boom immobilier pendant lequel les agents se sont rués sur les maisons vides comme des vautours ? « Vous ne pouvez pas maintenir une maison vide pendant 50 ans et ne pas vous attendre à ce qu’elle tombe en ruines.

 

Elle est bonne à démolir maintenant », confiait un ancien voisin, Jude Margolis, au Los Angeles Times en 2009. « Quel dommage. »

Les réponses étaient enfouies profondément dans les méandres du centre d’archives de Los Angeles, le Los Angeles Archives and Records Center, à un jet de pierre de l’historique cour de justice où Charles Manson et sa monstrueuse « famille » furent jugés pour meurtre.

 

Le personnel du lieu a mieux à faire que de faire des recherches sur les maisons hantées. Mais si vous remplissez suffisamment de formulaires et que vous faites assez longtemps la queue, le labyrinthe d’archives révèle petit à petit ses secrets, un dossier poussiéreux après l’autre.

 

En mai de cette année, je passai beaucoup de temps dans une banque de machines à lire des microfilms, à leur apporter des bandes et à faire tourner leurs roues. La roue de gauche contrôle le défilement, la roue droite sert à la mise au point. Des décennies de conflits et de discordes en tous genres défilèrent sous mes yeux en vrombissant. Puis l’histoire de la famille Perelson apparut.

 

#Soso

Source: Traduit de l’anglais par Caroline Bourgeret et Nicolas Prouillac d’après l’article « The Murder House », paru dans Medium.

Couverture : La maison du 2475 Glendower Place.

Création graphique par Ulyces.