Pazuzu

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Ce démon à l’aspect hybride présente une face de lion ou de chien grimaçante, ses yeux sont exorbités et deux cornes pointent au sommet de son crâne.

 

Ce sont autant d’éléments qui faciliteront la formation de l’iconographie démoniaque par les catholiques bien des siècles plus tard. La forme générale de son corps est humaine mais ses mains et ses pieds se terminent par des griffes tel un aigle, son pénis a la forme d’un serpent et il porte une queue de scorpion. Enfin il est doté de deux paires d’ailes dans le dos.

 

On le trouve en position accroupie ou bien debout sur les autres statuettes du Louvre ou du British Museum. Sa main droite est levée vers le ciel signifiant la vie tandis que sa main gauche est baissée signifiant la mort, la destruction.

Hanpa, son divin père règne sur le monde infernal. Et selon Henrietta Mc Call, notamment, Pazuzu serait une incarnation de la déesse Tiamat, personnification des eaux salées où règnent le chaos par opposition à Apsu, dieu représentant les douces eaux souterraines bienfaitrices.

 

Dans le dos de la statue datant du VIII° siècle avant notre ère conservée au Louvre, que l’on trouvera dans les salles consacrées à l’empire assyrien, le démon se présente ainsi

"Je suis Pazuzu, fils de Hanpa. Le roi des mauvais esprits des vents, qui sort violemment des montagnes en faisant rage, c’est moi !"

 

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En plus de ces maléfiques qualités cette inscription nous confirme la place du démon, au sommet, dans la hiérarchie des personnalités figurants au panthéon assyrien.

 

Epoux de la déesse Lamashtu, Pazuzu est un démon de nature ambivalente. Il peut faire usage de ses pouvoirs de manière dévastatrice ou bien avec bienveillance pour libérer la victime de son épouse de sa maladie. Les assyriens croyaient qu’il pouvait contraindre Lamashtu à quitter le corps du malade puis à la guider vers le monde des Enfers.

 

Pour preuve de cette croyance on ira observer la plaque de conjuration à Lamashtu conservée au musée du Louvre. Pazuzu y est reconnaissable au revers. Ainsi les Assyriens ont fabriqués de nombreuses amulettes et statuettes à l’effigie de Pazuzu pour conjurer les pouvoirs mortels de Lamashtu, démone stérile, qui volait les enfants sitôt nés ou rendait malade les femmes en couches.

 

Il convient de rappeler que le panthéon des assyriens est complexe, dominé par des dieux incarnant des aspects de la nature, des forces primordiales ainsi qu’une myriade de démons de natures diverses. La connaissance de la religion pratiquée par les assyriens est assez bien partagée.

 

Il suffira de se pencher sur un ouvrage de Georges Contenau ou sur Les Hymnes et Prières aux dieux de Babylonie et d’Assyrie de Marie-Joseph Seux, pour en être convaincu. Cette connaissance a été permise par les témoignages écrits recueillis sur des tablettes d’argile ou encore par le biais d’objets de culte et d’objets d’art réalisés par les Assyriens.


L’art assyrien témoigne bien de cette religion polythéiste, on peut le voir à travers les êtres fantastiques gardiens des palais principaux et régionaux à Khorsabad, Ninive ou encore à Nimrud. Cet art s’est développé en deux temps, d’abord pendant la période médio-assyrienne entre le XV° et le XIII° siècle avant notre ère puis pendant la période néo-assyrienne du IX° au VII° siècle.

 

On renverra à la très bonne page Wikipédia sur l’Assyrie pour plus de détails concernant l’organisation palatiale de l’empire, sa politique conquérante et les formes d’art mises en oeuvre (bas-reliefs en pierre dans les palais, en bronze pour les portes de Balawat, glyptique, art de l’ivoire…) ou au manuel d’Agnès Benoit qui fait la synthèse des grands thèmes de ces arts assyriens.

 

The exorcist tv series remake pilot

 

Mais revenons à notre intérêt premier : le démon Pazuzu. Lors d’une conversation avec un ami, qui lui aussi prend une pause estivale actuellement, comme nombre d’étudiants, celui-ci évoquait le manque de crédibilité des scènes ayant pour but d’épouvanter le spectateur dans le film L’Exorciste.

 

Adaptation de l’oeuvre de William Perry Blatty la saga de L’Exorciste avait fait grand bruit dans les années 1970 et ensuite. Le premier film de cette saga a été réalisé en 1973 par William Friedkin. Au début de ce film on assiste à des fouilles archéologiques (ne cherchez pas à analyser les méthodes de fouilles, c’est honteux d’invraisemblance) au beau milieu d’un site irakien.

 

L’archéologue responsable du site est appelé parce qu’un groupe d’objets a été trouvé, il découvre alors une statuette fragmentaire de Pazuzu. Le vieil homme apparaît ensuite comme en proie à un conflit intérieur, il retourne sur le site plus tard dans la journée est là, dans un grandiloquent contre-jour, la silhouette si reconnaissable du démon se détache sur le coucher du soleil. L’épouvante et le suspense commencent alors…

 

 

Il serait vain d’alimenter le débat à propos de ce film : demeure-t-il un chef d’oeuvre de l’épouvante par sa mise en scène de l’horreur ? Ou bien a-t-il mal vieilli ? Néanmoins on pourra noter que, comme dans le cas de l’aventure de la formidable Adèle Blanc-Sec au contact de la secte des adorateurs de Pazuzu, le novice spectateur est initié à l’art et la religion assyriens.

Agitant l’étrange exotisme qu’inspire cette antique civilisation proche-orientale le dessinateur comme le réalisateur, dans une moindre mesure, revisitent la personnalité du démon Pazuzu. Dans l’album de Tardi on peut voir un peintre orientaliste du nom de Jules-Emile Peissonier témoigner toute son adoration envers le démon à travers ces toiles. Son travail est jugé exceptionnel

 

"Peu d’artistes auront eu la chance de marquer leur époque en marquant avec autant de force et de vérité les splendeurs sauvages de l’empire chaldéo-assyrien."

 

Et dans L’Exorciste la nature originelle de Pazuzu n’est même plus évoquée, seul son aspect physique effrayant sert de ressort à l’intrigue.

 

L’instrumentalisation est donc totale, en tant que roi des démons des Vents Pazuzu apparaît comme le chef de fil d’une série de créatures aux forces mortelles, et c’est pourquoi son intervention dans ce film d’épouvante est compréhensible mais ses pouvoirs réels ne sont pas mis en scène.

 

Enfin j’évoquerai l’hommage au film de Friedkin dans les premières secondes du clip du groupe virtuel anglais Gorillaz : la fameuse silhouette de Pazuzu se détachant sur le coucher de soleil apparaît sur les premières notes du titre Rockit.

 

 

Depuis quelques semaines je suis donc allée de découvertes en découvertes sur l’utilisation de l’image de Pazuzu, notre démon assyrien.

Loin de croire que nos regards d’historiens de l’art en herbe soient déformés par quelque obsession monomaniaque ayant trait de près ou de loin à l’art du Proche-Orient je vous conseille d’ouvrir les yeux et les oreilles.

 

Ces images religieuses particulièrement évocatrices pour les anciens assyriens se sont transmises et sont aujourd’hui intercalées dans des productions artistiques pour symboliser des craintes universelles telles que la maladie, la peur de l’épidémie ou la folie.


Ouvrez l’oeil, précipitez-vous devant un épisode de Stargate SG1 par exemple, série de science-fiction ô combien foisonnante dans ses évocations des mythologies antiques…

 

Soso
Source:Art Archéologie et antiquités.