Les bassin d'Ogouée, le rite funéraire

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Les rites funéraires, comme les croyances et le culte des ancêtres, des différentes ethnies du bassin de l'Ogooué ont de nombreuses affinités. Chez les Fang du Nord-Gabon, SudCameroun et Guinée Equatoriale, la mort est une préoccu,pation constante (1). La mort n'est jamais naturelle. Elle résulte d'un déskquilibre des forces de. vie provoqué par une cause extérieure qu'il faut découvrir.

Dès la mort, quand les esprits ont emporté le nsisim du malade, c'est une explosion de douleur: pleurs, cris perçants, femmes égarées et échevelées qui s'arrachent les vêtements et se griffent la poitrine. Le corps est alors préparé: lavé et revêtu d'un pagne neuf, il est étendu sur une natte dans le "corps de garde" ou maison commune du lignage. La veillée dure plusieurs jours. Elle s'accompagne de danses et aussi de ripaille aux frais de la famille du défunt. Les palabres provoqués par la mort sont réglés pendant ce temps.

Les grands initiés tentent de déterminer la cause du décès et les responsabilités. Une autopsie rituelle peut même avoir lieu si on soupçonne le défunt d'avoir pratiqué la sorcellerie. L'officiant recherche alors dans les viscères du mem (sorcier) I'évur qu'il faudra annihiler pour la tranquillité des vivants. Si le mort est reconnu avoir été sorcier, il est enterré loin du village selon un rituel particulier destiné à le neutraliser. Pour les autres, l'enterrement se passe de la manière suivante: le corps, déjà en état de décomposition avancée, est enveloppé dans des écorces battues qui tiennent lieu de cercueil. Quelques objets personnels sont disposés près du corps, ils seront ensevelis avec le mort. II arrive souvent que l'on mette auprès du corps un "médicament" éver destiné à faire mourir le meurtrier présumé (meurtrier réel ou en intention).

La fosse, peu profonde, est préparée dans le village même, près des cases, quelquefois même à l'intérieur de la case si c'est un chef puissant et respecté. Le corps est placé horizontalement, sur le dos. La fosse comblée, on ' ménage une petite cheminée près de la tête du cadavre. Sur la tombe elle-même, les parents disposent quelques objets: calebasses, récipients de poterie, pagnes, assiettes avec des mets à manger, tabac. G. Zenker mentionue que chez les Ewondo (région de Yaoundé), des sacrifices humains étaient autrefois pratiqués sur la tombe des chefs: esclaves, guerriers prisonniers et épouses. Le deuil est mené par les femmes du défunt.

Elles restent entièrement nues avec seulement une touffe de feuilles de bananier séchées comme cache-sexe. S'enduisant tout le corps d'argile blanche, elles vivent dans une saleté grandissante pendant plusieurs mois. Elles ne se tressent plus les cheveux. Elles sont enfermées dans une case dont elles ne sortent, chaque jour à heure fixe, que pour aller pleurer et se lamenter en chœur sur la tombe. Généralement, elles sont battues au cas oÙ elles seraient pour quelque chose dans la mort de leur mari.

Durant le deuil, plusieurs fêtes sont organisées consistant surtout en repas rituels auxquels sont conviées les âmes des morts à l'aide de la trompe akbm. Les regrets et la durée du deuil sont évidemment fonction de la qualité sociale du défunt. Seuls les chefs et les hommes riches font l'objet des rituels puis du culte des ancêtres. Ce culte est d'ailleurs provoqué plus par la crainte des agissements des morts que par une véritable vénération. Si on se souvient de quelques disparus illustres, dont les généalogies chantées rappellent les hauts faits, la grande majorité des défunts est vite oubliée. Selon l'appartenance du défunt à telle ou telle confrérie, le rituel change, les initiés prenant en charge le déroulement des cérémonies.

Chez les Bakota, les rites funéraires ne sont pas très différents. E. Andersson, dans son ouvrage monographique "Contribution ?i l'ethnographie des Kuta", tomes 1 et 2 (1953 et 19741, donne une description très minutieuse des rituels des Bakota du Sud (Haut-Ogooué et régions limitrophes du Congo). Plus au nord, chez les Bushamaye et les Mahongoué, les rites sont A peu près identiques (1 ). Les traditions orales racontent qu'autrefois, les morts n'étaient pas enterrés mais seulement abandonnés en forêt, loin du village. Ceux qui étaient soupçonnés d'avoir été des sorciers de leur vivant étaient même soigneusement éloignks, le corps précipité dans un ravin profond ou une chute d'eau afin que nul ne puisse en approcher. Plus tard, les Bakota pratiquèrent un rituel d'exposition des morts, du moins pour les chefs, les notables et tous les hommes riches et puissants.

Certaines femmes, dignitaires du Lisimbou, pouvaient aussi bénéficier de *çe trai te ment. Généralement, c'est le chef lui-même, bien avant sa mort, qui choisissait l'endroit où il serait "exposé": loin du village (au contraire des Fang qui enterraient leurs chefs dans le village même), au pied d'un arbre ou au départ d'une grosse branche. Le corps n'etait pas laisse tel que, il était recouvert de plaques d'écorce battue et de feuilles. Parfois, on lui ménageait une sorte de niche entre les racines aériennes des grands arbres de la forêt.

Ces pratiques funéraires anciennes aboutissaient vite à la disparition du cadavre dévoré en quelques jours par les animaux et les insectes. C'est certainement dans le but d'une relative conservation du corps que peu à peu les habitudes changèrent, surtout en ce qui concerne les chefs. Ceux-ci furent par la suite "exposés" sur des plates-formes installées entre les arbres, hors de portée des animaux sauvages, Enfin l'inhumation proprement dite fut adoptée. Lles tombes des notables pouvaient même être dallées de grosses pierres.

Toutefois, pour les gens du commun, les femmes et les enfants, les habitudes rudimentaires anciennes furent conservées longtemps. Les morts p,ar accident de chasse, combat entre tribus ou maladie contagieuse étaient inhumés loin des habitations, dans la vase d'un marécage QU d'un étang afin d'éviter le retour de leurs fantômes. Les rites de funérailles duraient plusieurs jours. Dès après le décès, le corps était lavé, habillé d'un pagne d'écorce battue ou de raphia et exposé sur un lit de parade en bambou ou en bois. 

Tout autour, on disposait les objets précieux et symboliques lui ayant appartenu: marteau de forge, monnaie de fer ou de cuivre, anneaux et colliers de laiton et de cuivre, couteaux de jet, odé, cloches, etc.

Les rites étaient bien entendu plus solennels pour les dignitaires des confréries - Moungala, Ngoye, Lisimbou - La veillée funèbre pouvait durer trois ou quatre jours. C'était l'occasion de faire abondamment ripaille aux frais de la famille du défunt. Plusieurs danses étaient organisées. Ce laps de temps permettait aux parents et alliés habitant loin de venir aux funérailles. Cette présence n'était pas une simple règle de bienséance, c'éta it souvent u ne n écessi té. En effet, tous ceux qui avaient eu affaire avec le défunt et qui avaient eu un conflit avec luii, devaient venir aux funéraiules pour se réconcillier définitivement avec lui, sous peine d'être par la suite poursuivis inlassablement .par son fantôme. C'est ainsi que, pendant le transfert du corps du village au lieu d'inhumation, tous les assistants formaient la haie de chaque côté du cortège. Ceux qui avaient encore quelque Chose à régler avec le défunt arrêtaient le convoi pour lui faire un cadeau symbolique (collier de cuivre par exemplelen signe de réconciliation. Tous ces cadeaux revenaient aux membres de la famille.

Si le corps devenait brusquement "lourd" au point d'immobiliser les porteurs, c'est que quelqu'un dans l'assemblée avait encore une faute lourde à charge du défunt.
( sorcellerie, et le plus souvent adultères avec ses épouses ) 
Ce  n'est qu'après l'aveu et la remise de cadeaux, que le cortège pouvait reprendre.

Soso