Comment peut-on après un coma parler une langue jamais apprise ?

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Source : https://www.sciencesetavenir.fr/

Une cinquantaine de cas

Le premier cas rapporté par des médecins de ce syndrome remonte à 1941 en Norvège. En pleine seconde Guerre mondiale, une jeune femme, Astrid L., est blessée par un éclat d'obus lors d'un raid aérien. Elle se remet de son accident mais garde une séquelle étonnante : elle parle avec un accent allemand prononcé, ce qui n'est pas bien vu de la part de ses compatriotes... Autre cas célèbre, datant de 1999 : celui d'une Américaine qui, après un accident vasculaire cérébral (AVC), s'exprime avec un accent britannique alors qu’elle n’a jamais mis les pieds en Angleterre... Plus récemment, en février 2015, Sciences et Avenir a rapporté le cas d'une Chinoise de 94 ans, qui s'est réveillée d'un coma (provoqué par un AVC), en ne s'exprimant qu'en anglais, langue qu'elle n'avait plus parlé depuis 30 ans. Dernièrement, en octobre 2016, c'est au tour d'un footballeur américain de 16 ans, tombé dans le coma après avoir reçu un violent choc à la tête, de se réveiller en ne connaissant plus que quelques mots de sa langue maternelle, mais en étant bilingue en espagnol (avec l'accent), alors qu'il ne possédait que quelques bases de la langue de Cervantes avant son accident... Au total, depuis 1941, une cinquantaine de cas liés au syndrome de l'accent étranger ont été rapportés dans le monde. 

"L'empreinte" d'une langue étrangère peut s'amplifier

Ce trouble se produit généralement à la suite d'un choc accidentel à la tête ou une atteinte importante au cerveau (comme un AVC). Comment expliquer ce basculement soudain ? Il faut savoir que l'apprentissage d’une langue s'effectue à chaque fois dans une nouvelle zone du cerveau, parfois même dans un hémisphère différent. Lors du traumatisme, si la zone censée s’activer quand une personne utilise sa langue maternelle est endommagée, c’est une autre région du cerveau - utilisée pour parler une langue étrangère - qui prend le relais afin de répondre à la nécessité de communiquer. Un phénomène permis par ce que les scientifiques appellent la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité des neurones et de leurs connexions à être modifiés dans le temps. Autrement dit, lorsque le patient ordonne au cerveau de parler, si les tissus permettant l’expression en langue maternelle sont touchés, celui-ci va rediriger l’ordre vers une région en mesure d’obéir, celle d'une seconde langue. Langue dont le patient peut n'avoir qu'une connaissance superficielle - voire même minime : le simple fait d'avoir entendu un mot dans une langue étrangère laisse une "empreinte" que ce type d'accident peut amplifier. Mais le plus souvent, avec de la rééducation et du repos, le patient retrouve peu à peu ses mots dans la langue de son enfance. Et l'accent !